b000002735

■: fV

RELATION HISTORIQUE ET CRITIQUE DE LA CAMPAGNE DE 1799 DES AUSTRO-RUSSES EN ITALIE.

Permis d'imprimer. A la charge de fournir au Comité de la Censure, après l’impression et avant de mettre l’ouvrage en vente, un exemplaire pour ledit Comité , un exemplaire pour le Département du Ministre de l’Instruction publique, deux exemplaires pour la Bibliothèque Impériale publique , et un exemplaire pour I’AcadÉmie Impériale des sciences. St.-Pétersbourg , le 21 Décembre, ign. Timkowskoy , Censeur.

HISTORIQUE ET CRITIQUE DE LA CAMPAGNE DE 1799 DES AUSTRO-RUSSES EN ITALIE P ar B*** Officier des Chevaliers-Gardes. St. PETERSBOURG, IMPRIMÉ CHEZ ALEXANDRE PLUCHART ET COMP. 1812. RELATION

X I >■ \ \ I ■ v e / :r.

A SON EXCELLENCE MONSIEUR DE WASSILTSCHIKOFF Aide-de-camp-général de Sa Majesté I m p é r i a l e ; Chambellan actuel de Sa Cour ; Général de brigade ; Chef dun régiment de hussards , et Chevalier de plusieurs ordres.

O3 j C^NHjrr;^ v

M on G é n é r a l , ' ' r 0* L e meilleur des écrivains militaires modernes , Jomini , en dédiant son Traité de grandes opérations a la Reconnaissance , nous a donné un exemple que je ni empresse de suivre , en vous priant d'agréer cette faible marque de ma gratitude , pour toutes les bontés que nous iiavez cessé de me témoigner. Je réclame votre indulgence pour les nombreux défauts de cet ouvrage , et j espère Vobtenir en faveur de mon inexpérience. Je ml estimerai trop heureux , si ce faible essai fait naître l idée a une plume

plus habile , de traiter le même sujet. C’est la raison qui m a déterminé a le publier. J’ai l honneur d'être avec respect, De V o tre E x c e l l e n c e , J.e très-humble et très-obéissant servileut B * * *

RELATION HISTORIQUE ET CRITIQUE DE LA CaMPAGNE DES AUSTRO-RUSSES EN ITALIE EN 1799. CHAPITRE PREMIER. Batailles de Vérone et de Magnan. L a campagne des austro-Russes , en 1799, devrait être le sujet des méditations de tous les militaires instruits , comme elle fera l’admiration des siècles les plus reculés. En effet , quels faits militaires peut-on comparer à cette série de victoires et de triomphes les plus éclatans , où l’immortel héros du Nord , nonobstant les savantes manœuvres de l’ennemi, et les entraves du cabinet de Vienne , déploya aux yeux de l’Europe étonnée toute l’e:tendue de son génie et les talents les plus éminents. Il semble même que la fortune, en abandonnant les drapeaux des alliés à la fin de la campagne en Suisse , voulut rehausser la gloire de Souvoroff , en lui procurant l’occasion d’effectuer la retraite la 1

( 2 ) plus difficile et la plus belle. Ce chef-d’œuvre d’habileté acheva la carrière militaire de ce grand homme , qui resta invincible. — Je suis forcé de combattre ici l’opinion erroimée de quelques écrivains , qui prétendent prouver la supériorité des opérations du général Buona- parte en 1796 , pour la conquête de l’Italie , à celles de Souvoroff. Ils n’auroient pas soutenu une aussi fausse proposition, s’ils avaient réfléchi à la différence de l'habileté et des talents des généraux Moreau , Macdonald et Joubert , à ceux de Beaulieu , Colli , Wurmzer et Alvinzy, Avant de passer à la relation des événements qui eurent lieu , lors de la reprise des hostilités, je dois rendre compte de la position respective des armées à cette époque. — L’armée autrichienne en Italie , forte de 36,000 combattans effectifs, était postée sur l’Adige. — L'aîle droite de 9,000 hommes à-peu-près , appuyait sa droite àBardolino sur le lac Guarda , masquait l’entrée de la vallée entre Chiusa et Rivoli , se prolongeait jusqu’à Beussolengo sur i’Adige , et se liait par ce village avec le centre , fort de 18,000 hommes, qui occupait Vérone et les villages de St. Maximin et de Ste.-Lucie, en avant de cette ville. Le reste des forces formait l’aile gauche et défendait Legnago el les postes envi-

V ( 3 ) ronnans. Les Autrichiens'avaient jeté deux ponts debâteaux surl’Adige, l’un à Polio, l’autre très- proche de celui-ci à Pastrengo, à douze milles de Vérone , où ils avaient encore quatre ponts de pierre. — Le général de cavalerie, Baron de Mêlas, devait commander les Impériaux ; mais il tomba malade, et le Baron de Kray, le plus ancien deslieutenans-généraux, prit,par intérim,le commandement de l’armée , dont les opérations étaient couvertes sur la droite par le corps du général Bellegarde qui, avec 18,000 hommes , occupait leTirol. L’armée française, commandée parle général Schérer, se rassembla, au nombre de 50,000 hommes environ , derrière le Mincio entre les places de Peschiera et de Mantoue, tandis que les généraux Gauthier et Miollis , avec 7,000 hommes , occupaient Florence et Livourne , et envahissaient la Toscane. Schérer devait être appuyé sur la gauche par les opérations contre le Tirol, de l’aile droite de l’armée de Suisse. Cette aile , aux ordres du général Lecourbe , devait pousser la division Dessoles de la Valteline jusqu'à Trente , d’où elle se serait jointe à l’armée d’Italie etl’aurait renforcée. Les Français avaient encore une armée de plus de 30,000 combattans , sous le commandement du général Macdonald , dans le royaume de

( 4 ) Naples : mais cette armée n’était pas sous les ordres immédiats de Schérer, et devenait pour le moment inutile , puisqu’elle ne pouvait agir sur l’Adige, où allait se décider le sort de la campagne. Les premières colonnes du corps auxiliaire russe, qui devait agir en Italie, ne pouvant arriver près de Vérone,que vers le 12avril, les Autrichiens ne pouvaient faire aucun mouvement offensif avant cette époque , et devaient se borner à se maintenir dans la forte position qu’ils occupaient sur les bords de l’Adige. Schérer, au contraire, devait profiter de sa supériorité numérique, pour tâcher de déposter les ennemis , et les re- eter sur la Brenta , en leur faisant souffrir la plus grande perte possible. Maître alors du cours de l’Adige , il communiquait librement avec Trente , d’où il attendait des renforts, et l’arrivée des Russes n’aurait presque fait que rétablir la balance des forces. — Aussi dans un conseil de guerre que le général français avait tenu dans Mantouele 23 mars , avoit 011 décidé d’attaquer sur Le- champ. L’armée française était partagée en six divisions. La division Montrichard fut destinée àmasquer et a insulter Porto-Legnago. Les divisions Victor et Hatry , sous les ordres du général en chef en personne, se portèrent sur Vé~

( 5 ) rone , et les divisions Delmas , Grenier et Serrurier, conduites par Moreau, devaient forcer les positions de la droite des Autrichiens , passer l’Adige et attaquer Vérone à revers , tandis que Schérer lui-même l’attaquerait de front à la rive droite. Tout militaire instruit sentira d’abord la beauté de ces dispositions qui , en portant la masse des forces des Français sur leur gauche , devaient leur procurer les plus grands succès et mettaient l’année autrichienne dans une position très-difficile; les ennemis, en agissant avec vigueur , pouvaient arriver avec eux et même avant eux sur la Brenta , et alors les Impériaux n’avaient d’autres ressource que de se retirer sur Venise, et les Français les poursuivant chaudement , détruisaient presqu’entièrement leur armée ; mais l’exécution ne répondit pas à ce beau projet. Le 26 Mars , à la petite pointe du jour , les divisions Delmas et Grenier attaquèrent avec vigueur les postes de Pastrengo et Bussolengo , et s’emparèrent d’abord du premier , quoique repoussés deux fois par le général Hohenzollern. Ce ne fut qu’au moyen d’une grande supériorité numérique , et après quatre heures d’un combat le plus acharné , que ces divisions emportèrent les redoutes et les retranchemens , dont toutes

( 6 ) les positions "étaient hérissées. Ils s’emparèrent du canon de l’ennemi et d’un de ces deux ponts sur l’Adige , l’autre ayant été coupé par les fuyards. Pendant cette attaque , la division Serrurier balayait les montagnes, qui de la Cise remontent jusqu’à Rivoli et à la Corona. Après avoir chassé tout ce qu’il y avait d’ennemis devant lu i, et fait beaucoup de prisonniers , il avait pris position à Rivoli. Les Français poursuivant leurs avantages, s’empressèrent de traverser l’Adige , sur le pont qui était resté intact; mais à peine quatre-cents hommes de l’avant- garde avaient-ils passé , qu'un gros bâteau , qui servait de bac au dessus , soit par accident, soit de dessein prémédité , se détacha , et, entraîné par la rapidité du fleuve , vint briser deux bateaux du pont , et couper la communication , qu in epût pas être rétablie avant plus de cinq heures de travail. En même tems les deux divisions du centre de l’armée française attaquaient les dehors de Vérone. Les postes de Tomba , Ste.-Lucie , St.-Maximin , défendus par les troupes sous les ordres du général Keim, furent assaillis simultanément. Celui de Ste.-Lucie , défendu par les généraux Ziptay et Miackwitz , qui y furent blessés , fut enlevé par les Français. Sept fois le poste de St.-Maximin fut pris et \

( 7 ) repris ; il resta enfin aux Autrichiens. Ainsi, à l’exception de Ste.-Lucie , où les Français se maintinrent, la chaîne des postes fut conservée. Pendant ce combat meurtrier , qui dura depuis la pointe du jour , jusqu’à dix heures du soir , le corps qui défendait Vérone , avait reçu des renforts , et Schérer retira aussi des troupes de sa gauche pour eu renforcer l'attaque. La division Montrichard dût combattre des troupes ennemies , sorties de Porto Legnago. Elle les avait culbutées et poursuivies , jusques sur les glacis de cette place ; mais l’ennemi ayant reçu des renforts considérables , l’attaqua de nouveau , et l’obligea, après un combat très- vif et une grande perte , de se retirer sur Mantoue par Céréa. Cependant, à leur aile gauche , les Français avaient rétabli les ponts, et la division Serrurier passa l’Adige , et s’avançant jusqu’à la Chiusa , coupa la ligue des troupes autrichiennes , dont une partie , fort maltraitée , se retira dans la vallée jusqu’à Péri , et la droite des Autrichiens se trouva tournée. Tout semblait donc concour- rir pour assurer là réussite du plan des Français. Les succès mêmes de l’aile gauche des Autrichiens , où le général Kray , prenant le change sur les projets des f rançais , s’était porté lui-

( 8 ) même avec de grandes forces , ne rendait que plus infaillible la perte de cette aile , en la retenant plus long-tems à la droite de l’Adige. La pusillanimité ou l'ineptie du général Français sauva les Impériaux. Au lieu de faire marcher Moreau avec toute son aile Sur Vérone par la rive gauche de l’Adige , Schérer , effrayé de la résistance opiniâtre des ennemis , devant cette ville , attira a lui une partie des troupes de cette aile , et l’aff'oiblit par-là au point de la paralyser. Il ne réfléchit pas qu’il s'emparerait plus facilement de Vérone, en la faisant attaquer çje revers, qu’en réitérant les mem trières attaques de front. A dix heures du soir il donna ordre à Moreau de faire retirer a la droite de l’Adige tout ce qui avait passé à l’autre rive , malgré les sages représentations de celui-ci, qui était d’avis qu’on gardât au moins les positions qu’on occupait, espérant que les Autrichiens se retireraient pendant la nuit. Le lendemain , 27 Mars , les Français renouvelèrent leurs attaques contre Vérone , vers la porte neuve , aussi inutilement que la veille , et Schérer se décida alors à quitter le champ- de-bataille , ordonnant aux divisions de la gauche de se retirer sous le canon d ePeschiera. Le 28 il auroit pu encore reprendre son premier

( 9 ) projet *, mais il resta dans une inaction funeste , et eju’on ne peut attribuer qu’au découragement où la belle défense de Vérone l’avait jeté. Depuis le 26 , les troupes étant restées en présence et presque sur le champ-de-bataille , les morts n’avaient pu être enterrés. Le 23, au soir, les deux généraux en chef convinrent d’une suspension d’armes de quelques heures pour remplir ce devoir. Maintenant il nous sera permis de faire quelques observations sur la conduite singulière du général Schérer , et de tâcher de démontrer comment un général habile aurait tiré parti d’une si bonne disposition. 11 aurait d’abord prévu que les ponts du haut Adige seraient coupés par l’ennemi , et aurait pris des mesures efficaces pour les réparer le plus promptement possible. Ensuite il aurait fait passer la rivière a toute son aile gauche qui , après avoir laissé des forces suffisantes pour- la garde des ponts , se serait dirigée sur Vérone , en descendant par la rive gauche. La division Serrurrier devait dépasser cette ville et continuer sa marche jusqu'à la grande route de Vicenze; elle serait venue prendre poste au village deSt.-Martin , et aurait envoyé des partis jusqu’à la rivière de l’Adelgo et au-delà , tandis que les divisions Delmas et 2

( >0 ) Grenier auraient attaqué Vérone de revers , simultanément avec les divisions du centre , qui devaient alors , de leur coté , agir avec la plus grande vigueur à la rive droite , et qui , jusqu’à ce moment, se seraient bornées à faire défaussés attaques , dans le but unique d’empêcher l’ennemi de dégarnir Vérone, pour port er du secours à sa droite. Il est plus que probable que l’ennemi n’aurait pas attendu d’être ainsi entièrement enveloppé dans Vérone f pour évacuer cette place et se retirer sur Vicenze. Alors les Français , après avoir laissé une division à Vé- rone pour assurer leur communication avec la ligne du Mincio , l’auraient poursuivi avec ardeur avec le gros de l'armée, pour tâcher de l’atteindre au passage de la Brenta , le culbuter dans cette rivière , et dirigeant ensuite quelques divisions sur Padoue , elles pouvaient encore venir à tems pour couper entièrement la retraite à toute l’aile gauche autrichienne , si celle ci, amusée par la division Montrichard , restait trop long tems aux environs de Porto Legnago. Si , Contre tonte vraisemblance , l'ennemi s’opiniâtrait à la défense de Vérone , sa perte n’en serait que plus grande , puisqu’il est hors de doute que cette ville ne pouvait résister long- tems à des forces aussi supérieures, qui l’auraient

( ) attaqué de front et de revers , et la division Serrurier se serait opposée à tout secours partiel que Kray aurait pu détacher de son aile gauche. Alors tout le centre de l’armée autrichienne de plus de 15,000 hommes , enfermés dans cette place, se serait vu forcé de mettre bas les armes, ou de tâcher de se faire jour avec une perte énorme , supposé que la chose fût encore possible. On conviendra facilement, que l’alternative n’était pas belle pour les Autrichiens , et qu’il était toujours avantageux pour les Français de les mettre dans une position aussi difficile et dont ils ne pouvaient se tirer qu'avec beaucoup de peine. La marche de la division Montrichard était très-bien calculée , puisqu'elle attira Kray lui- mème sur Porto-Legnago et l’engagea à renforcer considérablement son aile gauche. Mais il me semble que cette division 11e devait pas s’aventurer autant quelle le fit au commencement de l’action, et ne pas se retirer ensuite sur Mantoue. Elle devait tâcher de se maintenir pendant tout le jour, entre le Tartaro et l’Adige, et si elle était trop pressée, passer le Tartaro à Tor di Nogara, et remonter cette rivière par sa rive droite, jusqu’à Vila Franca , d’où elle aurait été en mesure de renforcer le centre devant Vérone^ C. 1.

( ) Cependant il aurait mieux valu attendre la nuit pour effectuer cette retraite , dans l’intention de retenir plus long-tems l’aile gauche ennemie aux .environs de Porto-Legnago. Lorsque le gros de l’armée aurait marché sur la Brenta , Montrichard devait venir relever à Vérone la division qu’on y aurait laissée , et qui se serait portée alors à Montebello , près de Vicenze , à distance égale de la Brenta et de l’Adige , pour assurer la ligne d’opération de l’armée , en facilitant sa communication avec Vérone. Après avoir rejeté les Autrichiens., extrêmement affoiblis , entièrement à la rive gauche de la Brenta, l’armée française se rassemblait toute entre Padoue et Vicenze, où elle se serait reposée deux ou trois jours au plus. Ensuite elle se serait dirigée à gauche , pour faire la conquête du Tirol dont, selon toutes les apparences , elle se serait emparée facilement, puique Bellegarde ne pouvait disposer que d’environ 20,000 hommes pour la défence de ce pays, et les opérations des Français auraient été facilitées par la division Dessoles, qui pouvait faire sa jonction avec l’armée à Trente. Maître une fois du T irol, Schérer empêchait les Autrichiens renforcés par les Russes , de pénétrer sur l'Adige , leur ligne d’opération se trouvant alors prise de

( t3 ) revers , par la position de cet important pays. Les alliés auraient été obligés de tâcher de déloger les ennemis de ce fameux boulevard des états autrichiens , défendu par toute l’armée française. Ils n’auraient pu y parvenir qu’avec une très-grande perte. Le Directoire français aurait gagné par là le teins de faire venir l'armée de Naples et le corps qui occupait la Toscane , et de réunir toutes ces troupes a l’armée d’Italie , qui pour lors se serait trouvée supérieure en nombre aux alliés et aurait pu reprendre l’offensive. La conduite de Kray n’est pas non plus exempte de blâme. — Au lieu d’accourir avec des renforts à son aile gauche, iln’aurait dû laisser qu’une garnison suffisante à Porto-Legnago , et faire retirer le reste des troupes sur Vérone , pour renforcer considérablement son aile droite, dont la position , entre le lac de Guarda et l’Açlige , devait etre defendue jusqu’à la dernière extrémité , puisqu’elle couvrait la communication avec le Tirol, dont les Autrichiens devaient surtout se v garder d’être coupés. Dans le cas où les Français tenteraient de passer l’Adige entre Vérone et Porto-Legnago , il ne fallait pas s’y opposer. En effet, K ray ayant toutes ses forces concentrées entre Vérone et le lac de Guarda , n’avait

( *4 ) rien à craindre d’une pareille manœuvre 5si toute l'armée française passait la rivière , les Autrichiens , basés sur le Tirol , ne risquaient pas de perdre leur ligne d’opération, tandis que celle des Français qui partait de Manloue , aurait été fortement compromise. Les Français n’auraient-ils porté à la gauche de l’Adige qu'un gros corps , les Autrichiens devaient attaquer l'armée restée à la rive droite, et affoiblie par ce détachement ; s’ils remportaient la victoire , le corps qui avait passé la rivière , se serait trouvé coupé et obligé de mettre bas les armes. Dans le cas où la chance tournerait contr’eux , les Impériaux , ayant toujours.la retraite libre sur le Tirol, ne couraient aucun risque. En agissant ainsi , Kray forçait les Français d’attaquer sa droite qui , renforcée comme je l’ai proposé , aurait résisté long-terris , et peut-être même repoussé cette attaque. Dans tous les cas, si les Français à force de courage , parvenaient à emporter la position , on devait, sur-le-champ , faire évacuer Vérone, et retirer toute l’année sur le Tirol , qu’on aurait défendu avec beaucoup d’avantage , renforcée de tout le corps de Bellegarde. Ainsi les progrès de l’ennemi se seraient bornés à la prise de Vérone , puisqu’il n’aurait pas été assez fort pour tenter la con-

( i 5 ) quête du Tirol, et il ne pouvait pas s’avancer par les provinces vénitiennes , les positions qu'il aurait pu occuper sur la Piave et la Brenta , se trouvant prises à revers par les Autrichiens maîtres du Tirol. Dans cet état de choses, Kray aurait attendu tranquillement l’arrivée des Russes , et les Alliés se trouvant alors supérieurs en nombre aux Français , pouvaient prendre l’offensive , en redescendant dans la vallée de l’Adige , s’ils n’aimaient mieux agir parla rive droite du lac de Guarda , ce qui aurait forcé les ennemis à passer à la rive droite duPo. Le général autrichien opéra dans un sens contraire et faillit perdre son armée , qui ne dut son salut qu’à l’incapacité étonnante de Schérer. Le 50 Mars , à dix heures du matin , Schérer fit attaquer par sa gauche toute la chaîne des postes autrichiens , qui avaient repris leurs positions à la droite de l’Adige. Les brigades des généraux Elnitz et Gottesheim , ayant été d’abord culbutées et les postes près le pont de Pol contraints de se replier , la division Serrurier passade nouveau l’Adige e t , s’avançant sur la rive gauche vers Parona , fit replier les Autrichiens jusqu’à un mille de Vérone , et déjà une colonne française atteignait les hauteurs qui dominent cette ville. Une manœuvre pareille

( >6 ) exécutée le 26 , le 27 ou le 28 , aurait pu avoir les plus grands résultats ; mais Serrurier , abandonné a s<s propres forces , était trop foible, et d'ailleurs on avait déjà perdu du tems précieux, puisque Kray , comprenant enfin tout le danger que courait sa droite , s’était porté dans la journée du 29 avec son aile gauche sur Vérone. 11 se décida d’autant plus facilement à ce mouvement décisif, que la division Montrichard ne fit rien poui le retenir, et après sa retraite du 26 Mars , sous Mantoue, elle ne reparut plus les jours suivants. Pour arrêter les succès de Serrurier , Kray fit défiler à travers Vérone , la division de 10,000 hommes environ du feld-ma- réclial lieutenant Frœlich , qui avait repoussé l’attaque contre Legnago , et la dirigea sur trois colonnes contre Serrurier. Après une résistance opiniâtre, les Français furent contraints de céder au nombre et de se replier vers le's ponts , qui furent rompus par les Français eux-mémes , ou détruits par les Autrichiens. La retraite fut ainsi coupée à une colonne française de 2,000 hommes qui , après avoir passé l’Adige , s'était portée dans la vallée de Polisella, et s’y amusait a piller et à marauder. Elle fut toute détruite. Cette défaite découragea l’armée française , et Schérer fit attaquer encore vainement jusqu’à

( '7 ) deux fois le village de St.-Maximin. Le général français ne s’opiniâtrait ainsi dans ses attaques contre Vérone , que pour avoir la communication libre avec Trente , d’où il attendait en renfort la division Dessoles , à qui l’armée d'Hel- vétie devait faciliter les moyens d’y parvenir , en attaquant le, Tirol. Mais il ne tarda pas à apprendre , qu’après avoir forcé le Luciensteig et s’ètre emparé des Grisons , cette armée d’Helvélie s’était jetée toute à gauche , ce qui avait paralysé entièrement la division Dessoles , qui se trouvant trop foible , pour s'avancer sur Trente , était forcée de rester en stagnation , au-dessus de Glarenz. Alors Schérer se décida à la retraite. Le premier Avril il replia sa gauche , et, après avoir jeté une forte garnison dans la petite place de Peschiera , il concentra toutes ses forces entre i'Ad’ge et le Tartaro , au-dessus de Villa-Franca. Une division se trouvait en réserve sur la droite , devant Porto- Legnag'o. Le centre était posté vis-à-vis d’Al- baredo , surl’adige, et dans le camp de Magnan* Deux divisions , qui formaient la gauche, occupaient le village de Butta Preda et les sources du Tartaro. Le quartier-général était placé à Isola délia Scala , presqu’au centre de l’armée, aussitôt que Kray fut instruit du mouvement 3

C‘8 ) rétrogade , il fit passer l’Adige à toute la droite de son armée qui occupa Castel-Novo , masqua Peschiera et resserra la gauche des Fiançais. Une bataille devenait inévitable. Il était de l’intérét des Autrichiens de tâcher de profiter du découragement où les différentes attaques échouées contre Vérone , avaient jeté l'année française. D’ailleurs une victoire pouvait avoir pour eux les plus grands résultats , tandis qu’une défaite complette ne les obligeait qu’a repasser l’Àdige , où ils rencontraient les premières colonnes russes et reprenaient l'offensive. Schérer aussi s’était mis dans une position à ne plus être le maître de refuser la liataille , qu’en se retirant à la rive droite du Pô, et en abandonnant Mantoue à ses propres forces , puisqu’il n’aurait jamais pu passer le Mincio en présence de l’armée autrichienne. Une grande reconnois- sance que le général Kray fit dans l’après-midi du 5 , contre les divisions de la gauche de l’armée française , décida Schérer à attaquer lui- mérae , pour éviter d’ètre tournée à sa gauche , où il présumait que les Autrichiens feraient les plus grands efforts , et dont en effet la position paraissait hazardée. Il forma trois fortes colonnes qui devaient attaquer l'ennemi sur tous les points. La colonne de droite, composée des

C 19 ) divisions Victor et Grenier , devait marcher sur San Giacomo , et tenir en respect les troupes qui voudraient sortir de Vérone. La division Delmas reçut ordre de remplacer à Butta-Preda la division Montrichard , et de se porter ensuite sur Dossobono pour soutenir ou la colonne de droite , ou l’attaque centrale de Moreau qui, avec les divisions Hatry et Montrichard, était chargé de déloger les ennemis de Sonna Cam- pagna et Sonna. La division du général Serrurier formait la colonne de gauche et se portait sur Villa-Franca. L’attaque devait commencer le 5 Avril à six heures du matin ; mais les pluies continuelles ayant dégradé les chemins du Mantouan , la marche de quelques divisions fut retardée , et l’armée ne put joindre l’ennemi qu’à onze heures. Kray de son côté , ayant reçu des renforts de ses derrières , avait choisi le même jour pour livrer la bataille , et s’était mis en marche dans ce dessein , aussi sur trois colonnes , celle de droite commandée par le général Kaim , celle du centre par le générai Mercandin , et celle de gauche aux ordres du général Zopf. Les deux armées reçurent et présentèrent la bataille à-la-fois. La colonne française de droite remporta d’abord quelques avantages , et la division

/ ( so ) Grenier s’empara du village de St.-Jean. Pen- dant ce teins les Autrichiens attaquèrent de front la division Delmas , qui commençait à se former en avant de Butta-Preda, elles derrières du général Moreau , qui s'était porté en avant. Celui-ci fit faire alors un à droite à ses troupes , et laissant Sonna et Sonna-Campagna à gauche, attaqua lui même les ennemis , qu’il força de reprendre le chemin de Vérone, et les poursuivit jusques sous les murs de cette ville. La division Delmas soutint le combat aussi avec beaucoup de courage; mais elle ne put avancer pour seconder efficacement Moreau. Serrurier s’était rendu maître de Villa-Franca, après un combat des plus acharnés , et malgré les efforts réitérés des ennemis , qui en avaient chassé les Français à diverses reprises ; à la fin de la journée , Villa-Franca resta au pouvoir de ces derniers. La bataille durait déjà depuis quatre heures , et les Autrichiens , repoussés sur leur droite et dans le centre , ne se soutenaient plus qu’à leur gauche. Alors Kray sentit que le moment décisif était venu , et que , s’il parvenait a faire plier la droite des Français , les succès de leur gauche deviendraient inutiles , puisque Moreau, malgré les avantages qu’il avait obtenus , n’était pas assez fort pour enlever Vérone , sans quoi la

( a* ) victoire ne pouvait être décidée. En conséquence le général autrichien résolut de faire un grand effort, et faisant sortir des troupes fraîches de Vérone , il tourna le flanc droit des divisions Grenier et Victor qui, accablées par une grande supériorité de forces, furent forcées de se retirer sur Isola délia Scala. La division Delmas elle- même avait trop a faire , pour qu’elle pût venir au secours de ces deux divisions. On fut obligé de la faire déployer en arrière à droite , pour protéger leur retraite sur Dui Castelli et Castig- lione Mantouane. A six heures du soir , le général en chef envoya ordre à Moreau , qui se trouvait toujours sous Vérone, de se replier, pendant la nuit, à Vigasio , et d’y rallier aussi à lui la division Serrurier. Ainsi finit la bataille de Magnan , où les Français perdirent 5oooprisonniers, i§ canons, des caissons , des bagages , des munitions et sept drapeaux. Le général Pigeon fut blessé à mort. Les Autrichiens perdirent aussi le générai Mercantin, qui mourut des suites de sa blessure. Nous sommes obligés d'ètre ici de l’avis du général Servan , qui attribue la perte de la bataille à Moreau qui , en effet , avait poursuivi l’ennemi avec trop d’ardeur , et sans s’inquiéter nullement de la position critique où pouvait se

( 22 ) trouver la droite de l’armée , qu’il abandonnait tout à-fait. Mais je ne pense pas que cela puisse disculper entièrement Schérer sur le peu d’ensemble qui règne dans toutes les attaques qu’il ordonna pour cette action , ainsi que dans les combats de Vérone. On peut observer facilement qu’ayant fait des dispositions assez bonnes, il n’avait pas le génie de surveiller l’exécution, et de diriger les différentes colonne^ , dont les commandans , ne recevant aucun ordre de loi, et n’ayant peut-être pas connoissance de ses projets , étaient obligés de suivre leurs lumières et leurs vues particulières , sans savoir si elles pouvaient convenir à la disposition générale. On doit rendre justice au général Kray , que sa conduite dans cette affaire mérite des éloges. Sans se laisser décourager par les revers qu’il éprouva au commencement de l'action , il saisit habilement le moment favorable, pour exécuter la manœuvre qui décida la victoire en sa faveur, malgré la résistance courageuse et opiniâtre des Français. Le même général Servan reproche à Schérer d’avoir livré la bataille de Magnan ; et en effet nous avons démontré plus haut, qu’une victoire eomplette même ne pouvait lui offrir aucun avantage réel. Cet écrivain pense qu’après leur

( 23 ) retraite du i Avril de devant Vérone , les Français devaient se couvrir du Mincie , en appuyant leur gauche à Peschiera , et leur droite à Mantoue, ou même s’étendant jusqu'à Gover- nolo. Dans cette position le général français aurait attendu la jonction de l’armée de Naples et du corps du général Gauthier, qui se seraient mis en marche sur-le-champ, en vertu d’un ordre du Directoire , que Schérer aurait dû solliciter dès le commencement des hostilités. Quoique parfaitement de l’avis de Servan , au sujet de la bataille que les Français devaient refuser , je ne crois pas qu’ils ayent pu remplir ce but par une défense parallèle duMincio. Quelque formidable que fut cette ligne , différens événemens de la guerre de révolution ont prouvé qu’elle aurait été une faible barrière contre un ennemi entreprenant qui , maître de ses raouvemens, pouvait à volonté porter successivement la masse de ses forces sur les points les plus faibles de la ligne. Je pense que le meilleur parti qui restait à prendre a Sehérer , était de passer le Mincio à Mantoue et de concentrer toutes ses forces sous cette forteresse , a laquelle il aurait dû appuyer sa droite , prolongeant la gauche dans la direction de Castelliiçeio. Il devait faire jeter des ponts sur le Min cio près de Curtatone , et faire

( 24 ) fortement retrancher leurs tètes. Par le moyen de ces ponts, ainsi que de ceux qui se trouvaient à Mantoue , sur le lac , il pouvait facilement porter la masse de son armée sur l’une ou l’autre rive du Mincio. Les Autrichiens n'auraient jamais osé passer cette rivière au-dessus du camp français entre Mantoue et Peschiera , et s’ils l’avaient tenté, Schérer en les attaquant pendant qu’ils étaient occupés au passage , sur l’une ou l’autre rive , pouvait être assuré de les battre complètement. Il est probable que les Impériaux n’auraient rien entrepris avant l’arrivée des Russes , et dans ce cas Schérer gagnait du tems , chose si précieuse pour lui dans la situation où il se trouvait, après avoir été repoussé de devant Vérone. Les deux armées avaient passé la nuit sur le champ-de-bataille , et le lendemain , 6 Avril, Schérer ayant évacué Isola délia Seal a et Villa- Franca , effectua sa retraite sur Roverbella , où son arrière-garde prit poste le 7 , pendant que l’armée passait le Mincio à Goito. Le même jour, Kray fit aussi passer cette rivière à Val]egio par une avant-garde aux ordres du général St.-Julien , qui fut suivi bientôt des deux divisions Zopf et Kaim , qui complétèrent l'investissement de Peschiera. Le général Klenau, com­

( 25 ) mandant les postes avancés de 1’aîîe gauche, resserrait Mantoue à mesure que les Français s'en éloignaient, et s’emparait de Ponte Molino et de l’important poste de Governolo , qui coupait la communication de Ferrare avec Mantoue. Pendant que les armées se disputaient avec tant d’acharnement, la victoire sur les bords de l’Adige , les Autrichiens avaient fait quelques tentatives pour pénétrer du Tirol dans la vallée de l’Oglio. Ces mouvemens prématurés devaient être sans objet tant que Schérer conserverait l'offensive ; mais après la bataille de Magnan ils pouvaient avoir les plus grands résultats , en menaçant de tourner la gauche des Français, s’ils n’évacuaient le terrain compris entrel’Oglio et le Mincio. Le 8Avril le général Wukassowitz, détaché par Bellegarde , attaqua et culbuta successivement toute la chaîne des postes depuis Bormio jusqu'aux lacs d’Idro et de Garda. Il emporta d’assaut les retranchemens de St.-An- toiue , et les f rançais qui défendaient ces postes se retirèrent sur Brescia , après avoir évacué la petite forteresse de Rocca d’Anfo , située sur la lise occidentale du lac ct'Idro. Wukassowitz pénétra ensuite sur le lac de Garda à Gardone , et marcha sur Salo , dont il chassa les Français, après trois jours de combat. Il fut secondé dans 4

/ >( 26' ) ses mouvemens par la flotille autrichienne , armée à Riva, qui, commandée par le capitaine Blumstein , avait obligé celle des Français à se retirer sous Peschiera et l’y tenait bloquée. La division Wukassowitz , lorsqu’elle eut pénétré dans le Brescian , fut réunie à l’arméee d’Italie. Le général Klenau fit attaquer le pont de Lago- Scuro, sur la rive droite du Pô, près deFerrare, par un détachement aux ordres du lieutenant- colonel Oreskowitz. Six cents Français qui défendaient ce poste, furent surpris et défaits. Deux pièces de campagne , quinze canons de bronze, deux cents de fer , près de 18,000 fusils et un bateau chargé de munitions tombèrent entre les mains des Autrichiens. L’établissement des Impériaux à Lago-Scuro devint le signal de l'insurrection des habitans du Fer- rarais contre les Français' Les insurgés s’organisèrent rapidement et établirent leur quartier- général à Cento , petite ville près de Bologne. Klenau leur distribua des armes , et les faisant soutenir par trois cents Autrichiens , les employa au blocus de Ferrare. Le général Mêlas , rétabli de sa maladie , prit le commandement de l’armée le 11 Avril ; mais il en fit hommage à Kray, jusqu'à l’arrivée du maréchal de Souvoroff.

( 27 ) Schérer, se voyant sans appui pour sa gauche, se détermina à évacuer le Mantouan , et il passa la Chiusa , avec le gros de son armée , à Asola. Indépendamment de la garnison , qui était déjà dans Mantoue , il y fit entrer 6,000 hommes , et approvisionna cette place pour plus d’un an , en munitions de guerre et de bouche. Le 13 Avril l armée française continua sa retraite par sa droite au-delà de l’Oglio , et par sa gauche au-delà de la Chiese , et se dirigea vers l’Adda. Il me semble qu’avant d’effectuer cette retraite le général français aurait du , par une marche de nuit, venir tomber sur les deux divisions autrichiennes qui avaient passé le Mincio. En les accablant par des forces supérieures , il devait être sûr de les battre complettement, avant quelles ayent reçu du secours , et l’avantage qu’il aurait remporté pouvait , en quelque sorte, contrebalancer la perte de la bataille de Magnan. Une armée qui est forcée de se tenir sur la défensive , ne doit jamais laisser échapper des occasions semblables de rétablir peu-à-peu et sans risque l’équilibre des forces. Le 14 Avril l’armée autrichienne passa le Mincio > campa à Campagnola et Monte ; Oliveteno , poussant ses postes jusqu’à Marcaria sur l’Oglio et Monte-Chiaro sur la Chiesa. Le

( 28 ) quartier-général fut transféré à Vallagio. Pe- schiera était déjà bombardée et soutenait un siège en forme, conduit par le général St.-Julien. Castel-Nuovo fut pris par les Autrichiens presque sans résistance. On s’y empara de quatorze canons , quatre mortiers et d’une grande quantité de munitions. En même teins Borgoforte et un équipage de pontons qui s’y trouvait, tombaient entre les mains de Klenau , et un de ses déta- chemens se rendit maître de la Mirandole.

( a9 ) CHAPITRE SECOND. Arrivée de Souvoroff'. Passage de l Adda ci baiaille de Cassano. Prise de Milan. Combats de Bassignana et de JMarengo. Le 14 Avril le maréchal Souvoroff fit son entrée à Vérone , après avoir recueilli sur son passage les applaudissemens universels, dus à la juste confiance , que sa grande réputation avait inspirée aux peuples des contrées qu’il avait tra- -versées. Le lendemain il se rendit à Vallegio et prit de suite le commandement suprême de l’armée autrichienne. L'avant garde du corps auxiliaire Russe , n’arriva à Vallegio que le 17 ; elle fut bientôt suivi des autres colonnes qui arrivèrent successivement. Leur marche avait été retardée par des pluies continuelles qui avaient fait déborder le Tagliamento, la Piave et les au* tres rivières. Ce corps commandé par le général d’infanterieRosenbergétait fort de 18000 hommes environ. L’armée autrichienne depuis son entrée en campagne, avait reçu des renforts de ses derrières ainsi que duTirol, cequil’avaitportée jusqu’à 44,ooo hommes , malgré les pertes qu’elle avait déjà essuyées. Ainsi la force de l’armée

( 5o ) combinée à cette époque peut être évaluée à 62,000 combattans. Un autre corps russe de 10,000 hommes et 4,000 Autrichiens dévoient incessamment venir renforcer cette armée. Le 18 Avril Souvoroff fit camper son armée entre Gapriano et Casselto. Le 20 le maréchal détacha Kray qui venait d'ètre nommé généra] d’artillerie, pour s’emparer de Brescia. L’avant-garde russe, qui se trouvait aux ordres de Kray , ayant forcé la porte de Peschiéra , la garnison se retira dans la Citadelle ; mais se voyant menacée de l’assaut, elle se rendit prisonnière de guerre au nombre de plus de 1,000 hommes. On trouva dans la place quarante-six canons et des munitions. Le 23 le général prince Bagration délogea les Français du village de Pallazola sur l’Oglio. L’armée française réduite à 30,000 combattans , se vit obligée d’abandonner la ligne de l Oglio, qui n’était plus tenable , pouvant être débordée par le colonel Strauch qui , avec sept bataillons , descendait par la vallée Camonica , sur le lac Iseo. Schérer résolut de se retrancher à la rive droite de l’Adda. Il attendait des renforts de France , par le Piémont. La division Dessoles qui venait d’évacuer le Munsterthal, avait reçu ordre de joindre la gauche deLarmée

( 3i ) d'Italie, et celle qui occupait la Toscane devait venir se rallier à sa droite. Schérer espérait pouvoir se maintenir dans sa position jusqu’à l’arrivée de ces secours ; mais l'infatigable activité de Souvoroff ne lui en laissa pas le tems. Le 24 Avril l’armée alliée passa LOglio en deux colonnes. Celle de droite , aux ordres du général Rosenberg , marcha par Palazuolo , du côté de Bergame , que les cosaques occupèrent le même jour; celle de gauche, commandée par Mêlas , se porta par Ponte d’Oglio , Martinengo et Sola. Des corps détachés, aux ordres des généraux Hohenzollern et Keim , marchaient sur Plaisance et Crémone par les deux rives du Pô. Le 25 Keim eut une affaire très-vive sous Crémone, à la suite de laquelle l’arrière-garde française , qui se trouvait encore à la gauche de l’Adda , passa à l’autre rive. Le même jour le quartier-general des allies fut porté à Treviglio sur l’Adda. Le Directoire rappela Schérer , qui remit le 26 Avril le commandement à Moreau , nommé pour lui succéder. Je dois rendre compte de la disposition de l’armée française à cette époque. La gauche , composée de deux divisions aux ordres de Serrurier , occupait Trezzo et Imber- zago , et s etendait jusqu’à Lecco, sur la branche

( 52 ) orientale du lac de Como. Les divisions Grenier et Victor étaient postées entre Vaprio et Cor- negliano. La division Delmas était à Lodi et formait la droite de l’armée , couverte par la forteresse de Pizzighitone. Le quartier-général et la réserve furent établis à Inzage sur le canal cle Naviglio-Martesano. Les tètes des ponts de Lecco et Cassano avaient été fortifiées, et tous les autres ponts entre ces deux points furent rompus. On a blâmé Schérer d’avoir voulu défendre i’Adda contre des forces aussi supérieures. Cette réflexion du général Servan est d’autant plus juste que le général français avait abandonné la ligne beaucoup plus resserrée , et, par conséquent, plus forte du Mincio , lorsqu’il n’avait encore à combattre que les Autrichiens seuls , et que dans ce moment la jonction des Russes avait beaucoup augmenté les forces des alliés. La raison de se réunir à la division Dessoles ne peut être admise ; ce corps n’était pas assez important pour hazarder pour lui le salut de l'armée, en l'obligeant de recevoir labataille dans une mauvaise position , et lorsque toutes les chances étaient pour l’ennemi. L’histoire de toutes les guerres nous montre , que toujours les généraux médiocres , lorsqu'ils sont réduits

( 33 ) à la défensive , cherchent à couvrir leur armée par des rivières. Ils disséminent leurs forces sur tout le développement d’une ligne quelquefois immense. G’est dans ces belles dispositions qu’ils mettent ordinairement leur salut et trouvent leur perte. L’ennemi, maître de choisir les points de passage et d’y réunir la niasse de son armée, est toujours sur de réussir dans son entreprise et de les battre complettement. Je pense qu’après la perte de la bataille de Magnan, Schérer devait toujours rester aux environs de Mantoue , jusqu’à ce que la grande armée autrichienne eut passé le Mincio. Alors il aurait repassé le Pô à Borgoforte , et se serait efforcé de se maintenir le plus long-tems possible à la droite de ce fleuve , évitant sur toutes choses d’engager une affaire générale , qui pouvait entièrement ruiner son armée. Lorsque la grande supériorité des alliés l’aurait forcé à la retraite , il devait se diriger par Modène et Bologne sur l’Appenin, dans les environs dePistoja et de Florence , sur les confins de la Toscane. C’est aux pieds de ces montagnes qu’il pouvait arrêter les ennemis assez long-tems pour se donner les moyens de se faire joindre parl’armée de Naples et les corps des généraux Gauthier et Miollis. Après avoir réuni toutes ces forces , il

( 54 ) pouvait redescendre dans la plaine de Lombardie , avec une armée au moins égale à celle des alliés , et reprendre l’offensive. Schérer commit aussi une faute en mettant garnison dans Brescia. Les 1,000 hommes qui y furent pris , auraient pu être bien mieux employés a l’armée. En général une armée, forcée par la supériorité de l’ennemi de se retirer , ne doit pas s’affaiblir encore plus par ces petits détachemens laissés dans des places mal fortifiées , ejui n’arrêtent jamais l’ennemi et qu’on est sûr de reprendre facilement, en cas que la fortune des armes change. En s’approchant del’Adda, Souvoroff disposa son armée en trois colonnes. Celle de droite , aux ordres de Rosenberg , dont le général Wu- kassowitz faisait l'avant-garde, marcha, sur la pointe méridionale du lac de Lecc o. La colonne du centre , composée des deux divisions autrichiennes de Zopî etd’Qtt, se dirigea sur Vaprie. Celle de gauche, commandée par Mêlas,» se porta sur Cassano. Le général Sekendorf , détaché du camp de trevigiio , avec deux bataillons et deux escadrons , chassa les Français de Crema , qu’ils occupaient encore, et lit replier leurs avant-postes jusqu’au pont de Lodi. En même teins des

/ ( 35 ) partis du corps de Hohenzollern passaient le Pô et faisaient des incursions jusqu’à Parme. Le 25 Avril, le poste de Lecco , situe sur la rive orientale du lac , fut emporté par le prince Bagration , à la tête de deux bataillons de grenadiers russe.s. Dans la nuit du 26 au 27 , Wukassowitz rétablit à Brivio le pont-volant que les Français avaient ruiné , y passa l Adda , prit poste sur la rive opposée avec quatre bataillons , deux escadrons et quatre pièces de campagnes II fut bientôt suivi par tout le corps de Rosenberg. En même tems la colonne du centre se mit en marche et arriva à neuf heures du soir en face de Trezzo. Elle resta masquée par le village de Gervasio. Le marquis de Chà- teller , quartier-maître-général de Farinée , prit la résolution hardie de faire jeter un pont, sous le château de Trezzo , un peu au-dessus du village , malgré les difficultés que présentaient sur ce point, précisément au détour de l’Adda , la violence du courant et l’escarpement du rivage. On lit d’abord passer à la rive droite trente chasseurs et cinquante-six volontaires , qui restèrent tranquilles au pied du rocher escarpé sur lequel est bâti le château. A minuit on commença le travail du pont, qui fut achevé à cinq heures et demi. Tous les pontons , les solives et

( 36 ) les madriers nécessaires àl’ouvrage furent transportés à bras. Six compagnies de chasseurs , quatre bataillons et un régiment de cosaques passèrent les premiers «et furent bientôt suivis d’un régiment de hussards et de deux autres de cosaques. Ces troupes attaquèrent sur-le-champ les corps français postés derrière Trezzo , qui , surpris et tournés de toutes parts, furent obligés de reculer jusqu’à Pozzo. Cependant Moreau , ayant appris le passage de la colonne de R.osen- berg à Brivio , résolut de soutenir son aile gauche et de risquer même une bataille , pour la dégager. En conséquence il ordonna à la division Grenier de marcher sur Brivio. A peine cette division fut-elle arrivée à Pozzo , quelle rencontra la partie de la division Serrurier dépostée de Trezzo. Elle la soutint et fut de suite attaquée par la division O tt, qui avait toute défilée par le pont ; on combattit avec fureur , et la division Victor, étant venue au secours des Français , ceux-ci commencèrent à prendre le dessus et menacèrent d’envelopper le flanc droit des Autrichiens et de le culbuter dans i’Adda. Dans ce moment critique parut le général Châteller avec la division Zopf, qui venait de traverser la rivière. Il chargea à la bayonnette, et alors les Français , pris eux-mêmes en flanc ,

( 57 ) furent culbutés. Le village de Pozzo fut emporté, ainsi que celui de Vaprio , près duquel les républicains cherchèrent vainement à se rallier. Sur ces entrefaites Mêlas , avec la colonne de gauche , avait attaqué le bourg de Cassano , situé à la rive droite de l’Adda. Deux canaux, le Ritorto-Ganale et le petit Ritorto , formaient sur ce point un triangle , dans lequel les Français s’étaient retranchés sous la protection du canon de Cassano et de la tète du pont. Mêlas força d’abord les retranchemens du grand Ritorto , qu’il passa sur un pont-volant et sous le feu des ennemis qui , repoussés jusqu’aux re- tranchemens du pont, s’y rallièrent. Les Autrichiens enlevèrent ces retranchemens à l’arme blanche et si rapidement, qu’ils purent sauver le pont de l’embrasement. Mêlas s'en servit pour faire passer toute sa colonne, qui arriva le soir même du 27 à Gorgonzola. Ce combat opiniâtre dura , sur ce point, depuis sept heures du matin jusqu'à cjuatre heures après midi. Le général Moreau profita de la nuit pour se retirer au-delà de Milan. Le passage de l’Adda àTrezzo par la colonne du centre , avait entièrement isolé l aîle gauche française aux ordres de Serrurier , en lui coupant la communication avec le reste de l’armée.

\ Y ( 58 ) Après avoir dirigé quelques attaques infructueuses contre la division de Wukassowitz du côté de Lecco et d’Imberzago , Serrurier se décida à la retraite , et partagea sa division. Le 28 une partie se retira sur Como , l’autre marcha sur Milan ; mais arrivé avec cette dernière colonne à Verderio , Serrurier trouva la position de cet endroit si avantageuse , qu’il résolut de s’y retrancher, ignorant probablement l’issue de la bataille de Cassa no. Il fut bientôt après enveloppé par la colonne de Rosenberg, et se voyant toute retraite coupée , il fut obligé de mettre bas les armes. Par la capitulation il obtint que les officiers se retireraient en France sur leur parole , et que les soldats , au nombre de 2,700, seraient échangés les premiers contre autant de soldats des alliés , faits prisonniers dans cette journée. De Verderio Wukassowitz se porta avec son avant-garde à Como. La bataille de Cassano , qui décida du sort de lia Lombardie , coûta aux Français plus de 5.000 hommes tués ; quatre généraux et près de 5.000 prisonniers , y compris ceux qui avaient capitulé à Verderio ; près de cent pièces de canon et plusieurs drapeaux tombèrent entre les mains du vainqueur. Là perte des alliés monta jusqu’à plus de mille hommes.

( 59 ) On ne peut faire aucun reproche à Moreau sur cette affaire , puisqu’il ne reçut le commandement en chef que la veille de la bataille , ce qui l’obligea à suivre le plan vicieux de son prédécesseur pour la défense de l’Adda. Il est hors de doute que , s’il eêt eu assez de teins pour faire d’autres dispositions , il aurait abandonné cette ligne, et aurait concentré ses forces à la rive droite du P ô , entre Parme etPlaisance? pour ne pas s’exposer à voir ses communications coupées avec l'armée de Naples. Lorsque les alliés auraient passé le Pô , Moreau se serait probablement retiré en Toscane , pour y effectuer la réunion de toutes les troupes françaises qui se trouvaient en Italie. En adoptant cette base d’opérations , les Français pouvaient encore se flatter de mettre un terme aux succès de Souvoroff. Pendant la bataille, Moreau employa la seule manœuvre qui put encore arracher la victoire aux alliés , en dirigeant toutes ses forces disponibles contre leur colonne du centre , qui avait passé à Trezzo. S’il avait pu parvenir à la culbuter dans l’Adda , il dégageait Serrurier , et se portant contre la colonne de Mêlas, il lui opposait des forces supérieures ou au moins égales , et pouvait l’obliger à repasser l’Adda. Mais les

RkJQdWJsaXNoZXIy NTc0NDU4