DE L HISTOIRE DK RUSSIE. 55 fession, assembla ses concitoyens ; il les exhorta à sacrifier leur fortune , à vendre leurs maisons , leurs habits, leurs meubles; à engager, s’il le fallait, leurs femmes et leurs enfans, pour payer des troupes , et mettre à leur tête un général intrépide. Son enthousiasme s’empara de tous les cœurs. On envoya une députation à Pojarski, distingué par ses exploits militaires, pour le prier de prendre le commandement du corps cpi’on s’engageait à solder, Pojarski l’accepta ; il chargea le généreux Minin de recueillir et de distribuer les fonds. Les villes voisines, à la nouvelle d’un aussi grand dessin, se disputèrent à l’envi l’honneur de contribuer à la délivrance de l’empire. Leur zèle reçut sa récompense ; plus ils s’avancaient, plus s’augmentait la quantité des combattans. Sortant vainqueurs de plusieurs batailles, ces deux citoyens réussirent à chasser les Polonais , à reconquérir Moskou , et à délivrer l’état de l’oppression des étrangers. C’est ainsi qu’un seul homme changea la face des'affaires, et ramena le courage de ceux qui, frappés tj’uneterreur panique, souffrans , abattus par le poids de la tyrannie , ne firent que présenter la tète au joug , jusqu’à ce qu’un esprit supérieur les électrise , et leur communique son énergie. La multitude , isolée dans sa force , ne la connaît presque jamais que par le coup qui la réveille de sa léthargie ; elle ressemble à ces êtres fantastiques de la fable qui restent inanimés jusqu’à l’arrivée d’une fée bienfaisante qui les touche de sa baguette magique.
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