TRAITS CHOISIS i 5o fonctions, la princesse insista et le pressa de nouveau par une lettre écrite de sa main. « Mr. d'Alembert, je viens de lire la réponse que vous avez écrite au sieur Odar, par laquelle vous refusez de vous transplanter pour contribuer à l'éducation de mon Hls. Philosophe comme vous êtes, je comprends qu’il ne vous coûte rien de mépriser ce qu’on appelle grandeurs et honneurs dans ce inonde; à vos yeux tout cela est pende chose, et aisément je me range de votre avis. A envisager les choses sur ce pied , je regarderai comme très-petite la conduite de la reine Christine qu’on a tant louée, et souvent blâmée à juste titre; mais être né ou appelé pour contribuer au bonheur, et. même à l’instruction d’un peuple entier, et y renoncer, c’est, ce me semble, ne pas vouloir faire le bien que vous avez à cœur. Votre philosophie est fondée sur l’humanité ; per- mettez-moi de vous dire que, de ne point se prêter à la servir, tandis qu’on le peut, c’est manquer son but. Je vous sais trop honnête-homme pour attribuer vos refus à la vanité; je sais que la cause n'en est que l’amour du repos pour cultiver les lettres et l’amitié; mais à quoi tient-il? Venez avec tous vos amis,' je vous promets et à eux aussi, tous les agrémens et facilités qui peuvent dépendre de moi, et peut-être vous trouverez plus de liberté et de repos que chez vous. Vous ne vous prêtez point aux instances du roi de Prusse et a la reconnoissance que vous lui devez; mais ce prince n’a pas de fils; j’avoue que I éducation du mien me lient si fort à cœur, et vous m’êtes si nécessaire, que peut-être je vous presse trop. Pardonnez mon indiscrétion en faveur de la cause,
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