DE L’HISTOIRE DE RUSSIE. itj-i Chaque prisonnier d’état en Sibérie , était gardé par une compagnie de soldats. Le feld-maréchal exerçait les siens , et les accoutumait , par différents exercices militaires, au maniement des armes; ceux qui se distinguèrent dans la suite en particulier , et qui exécutèrent les manœuvres avec le plus de promptitude et le plus de justesse , en furent redevables a cet illustre exilé. cxx. Fidelité d'un domestique. L’indigence et le défaut d’éducation , partage ordinaire d’une condition basse et obscure , 11e mier rang, où se découvre si facilement la médiocrité, il est donne' à peu de mortels d’être à la tête de l’administration ; elle exige des connaissances aussi consommées que variées, des vues étendues jointes à beaucoup de souplesse, et autant de tact dans le commerce des hommes que dans la triture des affaires, talent qui remplace souvent la science. U est assez curieux d’ajouter que, ni des malheurs communs, ni une séparation de vingt ans , ni le séjour en Sibérie, n’avaient pu éteindre l’animosité que se portèrent Ri. en et Munich. Ce fut à la cour qu’ils se rencontrèrent pour la première fois après leur rappel. Pierre 111 connaissant leur antipathie, voulut les réconcilier 11 leur persuada de boire ensemble. A son ordre, on apporta trois verres; mais pendant que le prince prenait le sien , on vint lui parler bas ; il but en e'coutant , et courru à ce qu’on lui disait. Ces deux anciens ennemis restaient vis-à-vis l’un de 1 autre , chacun h verre à la main , sans dire un mot, l’œil fixé sur l’endroit où l’empereur avait disparu ; se flattant bientôt qu’ils les avait oubliés, ils se regardèrent réciproquement, se mesu rèrent des yeux, et rendant leurs verres pleins, se tourné rent le dos.
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