DE L’HISTOIRE DE RUSSIE. 77 d’œil de Pierre-le-Grand savait distinguer un malheur accidentel , suite de la grande supériorité de l’ennemi, de l’ignorance , de la mauvaise volonté ou de la négligence du général. Le feld-mâréchal Chérémétief lui manda l’issue désavantageuse de la bataille qui avait eu lieu à Gemauertof, et témoigna sa profonde affliction sur cette défaite. L’empereur lui répondit de sa propre main : «Ne vous affligez pas de cet événement ; il est des hommes à qui tout réussit, et qui , trop conlians dans leur bonheur , sont justement précipités dans l'abîme ; oubliez ce revers ; ne pensez cpi’a rallier vos soldats , et à leur montrer , par votre exemple , ce cjne peuvent sur le vrai courage les hasards de la fortune. » LVI. Médiation inattendue. Le général-major Golitzin ayant remporté une victoire que l’on devait autant à sa valeur qu’à sa présence d’esprit et à ses connaissances militaires , l’empereur lui laissa le choix de la récompense. Je demande , répondit-il, la grâce de Repnin ; celui-ci venait d’être disgracié depuis peu. Comment, reprit le monarque, vous ignorez cpie Repnin est votre ennemi mortel ? Je le sais, dit Golitzin, c’est précisément pourquoi je supplie votre majesté impériale de lui accorder son pardon. Pierre-le-Grand fit alors annoncer à Repnin, que, cédant aux vives sollicitations de Golitzin, il lui rendait sa bienveillance, mais en même temps croyant de son devoir de donner une marque de son estime , pour tant de généro-
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